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Vassiliki Markaki — Le concept des catégories en Analyse Conversationnelle : une contribution à la réflexion de la construction des identités en milieu professionnel international

Vassiliki Markaki — Le concept des catégories en Analyse Conversationnelle : une contribution à la réflexion de la construction des identités en milieu professionnel international

Le concept des catégories en Analyse Conversationnelle : une contribution à la réflexion de la construction des identités en milieu professionnel international

Vassiliki Markaki

Université de Lyon 2

Résumé : Notre étude, fondée sur des enregistrements vidéo de réunions professionnelles internationales, s’intéresse aux identités des participants comme des accomplissements collaboratifs, constitués dans et par le contexte de l’activité en cours. En nous basant sur la notion de « dispositif de catégorisation » en Analyse Conversationnelle, nous allons montrer comment les identités des professionnels émergent, se manifestent et sont revendiquées à travers un ensemble complexe et hétérogène de ressources et de pratiques.

Mots-clés : Analyse Conversationnelle, Catégories, Identités professionnelles, Participation

Abstract: Our paper, based on video recordings of international meetings, deals with identities as collaborative context-renewing and context- shaped achievements. Within the theoretical framework of Conversational Analysis, professional identities are conceived as they are built in social practices mobilizing a complex and heterogeneous set of resources. The concept of “membership categorization device” (Sacks) is used to investigate professional identities as membership categories made locally relevant within the meetings.

Keywords: Conversation Analysis, Membership categories, Professional Identities

1. Introduction

Notre étude s’inscrit dans le courant de l’Analyse Conversationnelle issue de l’ethnométhodologie (Schegloff & Sacks, 1973) ; (Schegloff, Jefferson & Sacks, 1977) ; (Sacks, 1992). Cette démarche implique, d’une part, une approche scientifique naturaliste qui se penche sur d’authentiques moments de parole en interaction et leurs spécificités et, d’autre part, un examen détaillé de la manière méthodique dont, non seulement les ressources linguistiques, mais aussi les ressources multimodales (gestuelles, visuelles, corporelles, etc.), sont mobilisées par les participants (Mondada, 2006).

Au sein de l’Analyse Conversationnelle (désormais AC), plusieurs travaux se sont focalisés sur les pratiques langagières en milieu professionnel (Drew & Heritage, 1992) ; (Boden, 1994) ; (Bowles & Seedhouse, 2007) ; d’autres études, connues sous le nom de Workplace Studies, se sont aussi intéressées au rôle de l’environnement de l’interaction au travail (Heath & Von Lehn, 2008). Enfin, d’autres recherches, développées de manière parallèle aux précédentes, se sont penchées sur les questions de catégorisation des participants dans l’interaction et plus précisément sur la manière par laquelle « members organize their interaction using categories, devices and predicates, mapped onto a category or collection of categories » (Housley & Fitzerald, 2002 : 580).

En nous référant à cet ensemble de travaux, nous allons définir les identités professionnelles en les rapprochant des catégories des participants et nous allons explorer, sur le plan séquentiel, comment ces identités sont indexicales, c’est-à-dire comment elles émergent, se manifestent et sont revendiquées à travers un ensemble, complexe et hétérogène, de ressources et de pratiques in situ en milieu professionnel international (Sacks, 1992).

Il est donc ici question d’un objet d’étude multidimensionnel, auquel très peu de recherches (en français en particulier) ont été consacrées, et pour lequel on observe un intérêt croissant. Cet intérêt pour les pratiques langagières des professionnels dans des situations multiculturelles et multilingues se traduit, entre autres, par le lancement de projets de recherche internationaux. Tel est le cas du projet européen DYLAN (Dynamiques des langues et gestion de la diversité, 6ème PCRD)[1], auquel se rattache l’étude ici présentée. Elle porte sur différents aspects des collaborations professionnelles plurilingues et est menée au sein de l’équipe Pluritalk.pro à l’université de Lyon (Laboratoire ICAR, CNRS).

2. Le corpus

Les extraits présentés dans cet article sont issus d’un corpus d’enregistrements vidéo d’un meeting entre des managers européens d’une compagnie pharmaceutique internationale. Les extraits de notre analyse sont tirés d’une activité de type „exposé“ suivi de questions de la part du public.

Pour des raisons de confidentialité, des pseudonymes ont été utilisés pour les participants, les noms des institutions et des produits. Par ailleurs, tous les enregistrements ont été réalisés sur la base d’un contrat nous permettant d’utiliser toutes les données enregistrées à des fins de recherche et d’enseignement.[2]

Les transcriptions du corpus sont réalisées en adoptant la convention présentée en fin d’article. Les transcriptions des extraits ont été simplifiées afin de faciliter leur lecture, mais ces extraits sont présentés dans leur version complète, plus complexe, en annexe.

3. Identité et Plurilinguisme.

Notre article se focalise sur un objet d’étude qui implique en pratique l’intrication de deux niveaux traditionnels d’analyse, à savoir, d’une part, le(s) identité(s) des participants, que l’on pourrait résumer à une catégorie permettant d’identifier la personne et son statut au sein d’un groupe, et, d’autre part, les catégorisations des participants dans et par le discours.

Dans les travaux actuels en linguistique, la prise en compte des processus interactionnels n’est pas une nouveauté et fait largement consensus au sein des communautés scientifiques ; ce qui fait moins consensus, c’est l’importance de ces processus associée à une granularité de description plus ou moins grande dans les interprétations scientifiques. Il nous semble cependant que dans tous les cas, l’approche interactionnelle nous engage, d’une part, dans une perspective de recherche holistique qui intègre différents niveaux d’analyse et, d’autre part, indexicale, qui tient compte de tous les observables possibles dans une situation donnée[3] et dans laquelle l’importance d’une description détaillée trouve tout son sens (Sacks, 1991).

Cet effort de formulation ne fait que reprendre, au carrefour des différentes approches praxéologiques en sciences humaines et sociales, l’idée fondamentale de l’approche de l’Analyse Conversationnelle, selon laquelle la conversation serait un prototype de l’interaction, incarnant les méthodes pratiques des participants pour créer ou modifier des liens sociaux (dans son acception la plus neutre, désignant ici les rapports humains).

Dans ce sens, l’identité est considérée ici telle qu’elle se construit et s’organise au fil d’une interaction. Que l’on appelle, comme Zimmerman ,transportable identities (1998 : 90), dans le sens d’un ensemble de catégories latentes activées ou pas au fil de l’interaction, ou que l’on fasse la distinction, comme Richards dans son étude sur les identités professionnelles, entre identité individuelle vs. identité de groupe (2006), l’identité ainsi définie est intrinsèquement liée aux pratiques interactionnelles des participants et correspond à un terme plus générique en sociolinguistique interactionnelle qui est celui de l’identité sociale (Androutsopoulos & Georgakopoulou, 2003).

Cette définition n’est pas nouvelle et plusieurs sociolinguistes en ont fait la proposition (Gumperz & Cook-Gumperz, 1982 ; Auer, 2007). Nous retenons, pour notre article, la conception d’Antaki-Widdicombe (1998 : 3) que nous retrouvons aussi chez Auer (2007 : 8), basée sur les travaux de Harvey Sacks et de ses successeurs et selon laquelle le concept d’identité peut être défini d’après cinq grands principes :

1) Pour une personne, avoir une identité, revient à être associée à une catégorie comportant un ensemble de caractéristiques

2) Cette catégorisation est indexicale et contingente

3) L’identité est pertinente pour l’interaction en cours (localement située)

4) Les identités des participants sont consécutives (consequential) pour l’interaction

5) Tout ce travail de catégorisation peut être saisi dans l’élaboration des séquences interactionnelles

Un troisième niveau, moins étudié, est à considérer dans notre étude, en relation avec la spécificité du contexte plurilingue. En effet, ce dernier, facile à comprendre et à exemplifier dans ses formes plutôt distinctives, comme le code switching, les références explicites aux langues, nationalités, etc., est beaucoup plus difficile à saisir dans les constructions lingua franca. Nous nous interrogerons alors sur la nature exacte d’un contexte plurilingue qui, de plus, est professionnel, et ses effets sur la construction des identités.

4. Les processus de catégorisation selon Harvey Sacks

Parler du caractère situé et endogène des identités ne revient pas à dire qu’il n’y a aucune réalité extérieure à l’interaction (Auer, 2007). Pour comprendre ce rapport entre le caractère plutôt macro et le caractère local des identités, le dispositif de catégorisation proposé par Sacks a fait ses preuves. Comme le souligne Auer (2007 : 9), Sacks a réussi ce défi de l’analyse interactionnelle en se basant sur les travaux de Schültz et en définissant les catégories dans leur opposition à d’autres catégories et la construction d’une identité dans son opposition à autrui (ALTER).

Nous allons en premier lieu présenter le dispositif de catégorisation proposé par Harvey Sacks, avant de revenir à ce milieu particulier qui nous intéresse, à savoir le contexte professionnel plurilingue.

Harvey Sacks (1992) met en lumière trois concepts analytiques clés pour expliquer les processus de catégorisations : le dispositif de catégorisation, les catégories d’appartenance et les category-bound activities.

4.1.1 Les dispositifs de catégorisation : des mécanismes séquentiels complexes

Sacks désigne comme « dispositifs de catégorisation », « les collections de catégories, ainsi que les règles d’utilisation pour les appliquer à des ensembles de personnes » (Bonu et alii, 1994 : 137). Dans l’exemple qui suit (Fig.1), Albert (désormais ALB) est spécialiste des risques nucléaires et vient de faire une conférence plénière sur la thématique de la gestion des risques liés à la santé. À la fin de sa présentation, plusieurs questions lui ont été posées. L’animateur de la réunion (ANI) demande au public s’il y a d’autres questions :

1 ANI : other questions/

alb ((se tourne vers le public))

2 SIL : (0.8)

3 ANI : < may[be/ ((s’approche du pupitre))>

alb ((se tourne vers Ani))

4 ALB : [ I (.) i just had french (.) colleagues to (.) he hh he hh

5 .h eh ask questions ((rire))

ani (( sourit))

6 ANI : I would like…..

Figure 1: Catégories et collections de catégories

Nous avons choisi un exemple, à première vue très simple, pour mieux illustrer ce que Sacks a appelé le „dispositif de catégorisation“. Plusieurs catégories sont visiblement à l’oeuvre ici. De manière non thématisée mais visible, ANI effectue une action typique de l’animateur, responsable de la distribution de la parole et de la sélection des membres du public (l.1). ALB, en se tournant vers le public et en l’inspectant à la recherche d’une main levée, manifeste sa quête d’une personne qui prenne la position de “membre actif du public”. En absence de telle personne, ANI s’approche du pupitre et prend la parole (l.3) ; très rapidement, et en chevauchement, ALB fait un commentaire thématisé (l.4) en référant au fait qu’il n’a eu des questions que de la part des collègues français ; de cette manière, il rend pertinente toute une série de catégories : “collègue”, “français”, “personnes posant des questions”, ainsi que leurs contreparties négatives (ceux qui ne sont pas collègues, pas français, et ne posent pas de questions)[4]. ALB souligne ainsi son niveau de compréhension de la situation en exploitant un élément catégoriel qu’il a dégagé de l’intervention même de l’ANI ; en effet ce dernier peut s’identifier en tant que participant aux deux volets de la catégorie énoncée par ALB « : le fait qu’il soit un collègue français et le fait qu’il s’apprête à poser une question ».

Le tour tronqué de l’ANI (l.3) repris en ligne 6 sert par conséquent à énoncer une question ; celui-ci s’est orienté, à un moment où l’absence de prise de parole était marquée (l.2 : silence de 0,8 sec) vers une action pertinente et attendue à cet instant. Il quitte en effet son travail d’animateur pour revêtir une autre position, celle de poseur de questions, qui n’est pas en contradiction avec sa première mission. La poursuite de son action en ligne 6 converge par ailleurs avec le commentaire de ALB. De cette manière, il confère rétrospectivement un statut à part entier à la catégorie „collègue français qui pose des questions“.

Toutes ces catégories appartiennent à des dispositifs de catégorisation ou des collections de catégories différentes ; ainsi on retrouve la collection « ethnicité », « expertise », « appartenance à un groupe professionnel », etc.

On observe aussi que l’activation de quelques catégories parmi certaines collections a suffi pour catégoriser la totalité des participants présents. Évidemment, en raison du caractère dynamique de l’interaction, ces catégories ne sont pas figées et peuvent évoluer et/ou laisser leur place à d’autres catégories ou d’autres dispositifs au fur et à mesure qu’émergent les contributions d’autres participants.

4.1.2 Les catégories d’appartenance

Par catégorie d’appartenance (membership categories), Sacks, et par la suite ses successeurs, (Housley & Fitzerald, 2002 ; Hester & Eglin, 1997, Watson, 1997) désigne les catégories personnelles des participants, par exemple, « français », « père de famille », « directeur », etc. Plusieurs chercheurs ont exploré la question des catégories d’appartenance en fonction de différents contextes (l’organisation institutionnelle : Clayman & Heritage, 2002 ; l’action en cours manifestant des catégories d’expertise : Bonu, Mondada, Relieu, 1994 ; l’influence de la présence de chercheurs sur le cadre participatif : Mondada, 2007, etc).

Les résultats de ces travaux convergent sur le point suivant : dans un contexte donné, il y a plusieurs catégories qui sont disponibles virtuellement, liées à l’organisation spatiale, à l’action en cours, à la présence de caméras et de chercheurs, au genre et à l’ethnie des participants, etc., mais seulement certaines d’entre elles seront choisies, activées, rendues pertinentes pour l’interaction par les participants. De plus, ces dernières, une fois activées, ne se maintiennent pas nécessairement durant la totalité de l’interaction, mais sont préservées ou transformées, moment par moment et de manière collaborative, par les co-participants (pour un exemple voir, Markaki, Merlino, Mondada, & Oloff, à paraître).

4.1.3 Les category-bound activities (et pour aller plus loin les activity-bound categories)

Cette notion désigne une série de catégories qui sont typiquement liées à des activités particulières. Par exemple, l’action de « pleurer » est souvent associée à la catégorie des « enfants ». Ainsi, si quelqu’un pleure, qu’il soit enfant ou adulte, il sera catégorisé comme un enfant (Sacks, 1992). Dans notre exemple, poser une question est une activité typique du public, ou d’un certain type de public, tout comme répondre est une activité de l’orateur. Dans ce sens, un élément contextuel est en quelque sorte „transmuté“ en une catégorie d’appartenance.

Outre les category-bound activities décrites par Sacks, on pourrait identifier les activity-bound categories. Pour nous, ce lien entre activité et catégorie est particulièrement intéressant car il comporte des traces de la création d’un savoir partagé autour d’une catégorie liée à une activité et de la manière dont cette dernière peut être actualisée. Ainsi, en décrivant les category-bound activities, on décrit aussi un processus complémentaire (celui des activity-bound categories), c’est à dire, comment, à travers un apprentissage social et culturel, les participants utilisent des méthodes reconnues et reconnaissables afin d’être associés à une catégorie précise et voulue à un moment donné. Ces dernières se rapprochent des catégories d’appartenance, et joueraient un rôle aussi important qu’elles dans la construction des identités ; cependant, à la différence de celles-ci, le dispositif de catégorisation serait moins implicite, il agirait de manière plutôt marquée, indexicalement parlant, sur le cours des choses[5]. Par exemple, un membre du public qui répond à une question posée par un autre membre du public, se mettrait à la place de l’orateur en faisant comme lui, et pourrait éventuellement de la sorte prétendre par la suite aux mêmes obligations et droits inhérents à cette catégorie (voir ci-dessous). Comme pour toute catégorie, l’accomplissement de ces catégories est avant tout collaboratif et implique l’intelligibilité des actions engagées pour les participants présents.

4.2. Catégories et analyse séquentielle

Il se trouve que l’analyse catégorielle et l’analyse séquentielle sont intrinsèquement liées (Watson, 1997) : les catégories sont rendues pertinentes au fil de l’organisation séquentielle et sont maintenues ou changées par les enchaînements spécifiques entre une action et une autre. Malgré cette évidence, pendant longtemps, les chercheurs ont préféré des analyses distinctes entre le niveau séquentiel et l’analyse catégorielle des interactions.

Goodwin et Duranti (1992) font remarquer l’ancrage contextuel des catégories des participants et l’effet de ces catégories sur le contexte. Par conséquent, en raison d’une grande mutabilité du contexte dans lequel se déroule une interaction, on ne peut pas affirmer à priori la pertinence d’un contexte plutôt qu’un autre (professionnel, vs. culturel, vs. personnel, etc.), d’une catégorie plutôt qu’une autre (directeur, vs. collaborateur, vs. expert, etc.). La puissance des outils méthodologiques de l’Analyse Conversationnelle trouve ainsi son origine dans la proposition de considérer le contexte en termes de procédures et ceci en étudiant la manière avec laquelle, non seulement le contexte est d’abord pertinent pour les participants, mais aussi comment ce même contexte configure leurs pratiques interactionnelles (Schegloff, 1991)

Dans cette perspective Housley et Fitzerald (2002) montrent de manière intéressante comment les positionnements séquentiels, en lien étroit avec les membership categories, déclenchent des droits et des obligations qui définissent à leur tour (en validant ou en modifiant) l’organisation séquentielle et par conséquent les catégories d’appartenance. Leur proposition nous servira de base pour essayer de traiter sans distinction à priori les trois niveaux annoncés du phénomène étudié ici, à savoir l’identité, le discours et le contexte plurilingue, constituants formant l’ensemble de ce qu’on appelle l’“identité sociale“.

4.3. Les identités en milieu professionnel interculturel

Sur la base des concepts analytiques proposés par Sacks nous avançons l’hypothèse que les identités sociales (telles qu’elles ont été définies plus haut) relèvent aussi bien des catégories d’appartenance, que des category-bound activities.

S’intéresser aux identités professionnelles dans une perspective conversationnelle, c’est s’intéresser justement à des catégories d’appartenance de professionnels, telles qu’elles se réalisent dans la séquentialité et la temporalité d’une interaction. Les identités dans les situations professionnelles constituent un bon exemple analytique où le chercheur se trouve confronté à l’évidence macro-sociologique de catégories socioprofessionnelles, de type « directeur », « manager », « supérieur », outre que « étranger », « non-natif », et la réalité micro-sociologique où les participants, à toutes fins pratiques, retravaillent in situ ces catégories. Ainsi ils les sélectionnent ou pas, les modifient, les explicitent, les activent de manière implicite, etc.

Dans les réunions interculturelles, la question est de savoir quelles catégories pertinentes sont activées en contexte – concernant les identités professionnelles, nationales, ou linguistiques des participants – par les participants eux-mêmes avant qu’elles soient soulignées par l’analyste.

5. Les identités professionnelles en tant que catégories d’appartenance émergentes

Faute d’espace, nous allons exemplifier notre propos à l’aide d’une seule séquence tirée d’un meeting professionnel international. Cependant les résultats présentés ici sont vérifiés dans de nombreux autres cas analysés au sein de notre équipe (Mondada et al., 2009, Markaki & Mondada, à paraître ; Mondada, 2006, 2004).

5.1. L’extrait

Figure 2 : Mattheo Ramakis (orateur)

Figure 3 : De gauche à droite: Flora Rastier, Eric Lavoisier (debout) , Rita Zerweck (de dos, en partie)..

Mattheo RAMakis (RAM) vient de présenter un logiciel conçu par le service des affaires médicales de sa filiale en Grèce. À la fin de son exposé, Flora RAStier (RAS) lui pose une question (non reproduite ici). À la fin de la réponse, elle passe le micro directement à un autre membre du public, Rita ZERweck (ZER). L’extrait que nous allons étudier commence à cet instant. Rita ZERweck, après avoir pris le micro, pose une question à Ramakis. Eric LAVoisier (LAV) est le président de séance.

Nous avons ici une situation avec des participants ayant, à priori, des connaissances asymétriques autour d’un sujet, situation déjà décrite par Drew (1991). Ainsi, RAM se positionne en tant qu‘ expert, en occupant la place de l’orateur face à un public supposé non expert ou moins expert que lui. Drew avait déjà signalé qu’une asymétrie en connaissances ne signifie pas l’absence totale de savoir pour une des deux parties. Par ailleurs, il avait montré comment les identités des participants sont liées à ces asymétries de connaissances. Mais regardons de plus près la suite.

5.2. La première question

Dans l’extrait qui suit, ZER prend la parole et pose une question à RAM concernant une information liée à l’enregistrement du produit (un nouveau vaccin) dans la base des données du logiciel qu’il vient de présenter (lignes 14-21).

13 SIL (0.5)

14 ZER is: the the product h (.) recorded/ the product

lav ((se déplace et se met à côté de Zer))

15 ZER i:s/ .h

16 SIL (0.3)

17 ? °(yes)°=

18 ZER = so it’s not just vaccination but also the product which is .h

19 (0.3) recorded/

20 SIL (0.7)

21 ZER in the data base/ h

22 RAM it Is: not °recorded° (0.3) it’s

23 vaccination i forgot *to: (.)* *to show you this+* xxx xxx xxx

+tape à l’ordinateur

lav *regarde et tend le bras droit vers le micro*

lav *regarde Ram, touche son visage*

24 SIL (2.7)*(0.2)

lav *regarde Zer

Figure 4 : La première question : un désaccord en émergence

ZER produit d’abord une question directe bipolaire, qui projette une réponse en « oui » ou en « non » (l.14). On sait que les questions de ce type induisent une certaine préférence pour un des types de réponse (Koshik, 2002). L’absence de réponse immédiate de RAM (l. 16-17 et puis l. 20) entraîne une élaboration progressive de la première question de ZER (l. 15, 18-19, 21) à travers une reformulation qui précise les limites de la réponse attendue entre deux possibilités (le nom du médicament dans la base des données vs. le nom de la thérapie dans la base des données). Cette reformulation (auto- réparation) précédée du marqueur „so“, traite le silence de RAM comme un trouble qui peut être interprété de deux manières : soit comme un problème à répondre sur un sujet délicat ou non maîtrisé par RAM, soit comme un problème de compréhension qui serait lié à une compétence limitée en anglais. Il n’est pas possible de trancher ici entre les deux aspects – et peut-être que les membres eux-mêmes ne tranchent pas, mais ZER affiche désormais de manière indirecte une certaine maîtrise du sujet.

Selon le principe du dispositif de catégorisation, l’émergence de l’identité sociale de ZER construit simultanément une identité sociale pour RAM ; les interactants vont agir sur ces constructions au fil de l’échange. Il est intéressant de noter ici, le rôle du regard de deux participants ; ces derniers établissent jusqu’à la ligne 23 une attention mutuelle en se regardant et modifient le cadre participatif. Cette disposition permet aux participants de remplir de manière claire, sans chevauchement au niveau langagier, leurs rôles d'“orateur/expert“ et „public/poseur de question“. RAM apporte une réponse négative à ZER et se tourne vers son ordinateur pour y projeter quelque chose pour le public (l.23).

On vient d’évoquer que les participants occupent ainsi les catégories « orateur » / « public », tout en rendant pertinent un autre dispositif, « expert » / « non expert » : ZER s’aligne à la position de « non experte » à travers la formulation d’une question ; RAM, à qui elle s’adresse, affiche son « expertise » à travers sa capacité de répondre – l’action de répondre faisant aussi partie des obligations de l’orateur.

La tentative de LAV de récupérer le micro au moment où RAM entame une autre activité (l. 23) manifeste son orientation vers la fin de la séquence Question/ Réponse initiée par ZER. ZER paraît s’opposer à cette complétude en gardant le micro et en motivant rétrospectivement une autre réponse attendue à sa question, qui n’est pas celle fournie par RAM (voir Fig.5), à savoir une réponse positive.

5.3 Désalignement des participants et remise en cause des expertises

Dans l’extrait qui suit, ZER conteste explicitement la réponse de RAM et manifeste ainsi le véritable statut de sa première question (un préambule et non une simple demande d’information) montrant un désalignement avec RAM. Il s’agit ici d’un désaccord émergent. À travers la formulation directe ZER „revendique“ une expertise certaine dans le domaine et met en cause l’asymétrie au niveau des connaissances, établie jusqu’à alors. D’ailleurs, la manière avec laquelle ZER s’auto-sélectionne et tente de rétablir l’attention mutuelle, c’est-à-dire, en interpellant RAM avec une intonation montante pendant qu’il tape sur son ordinateur (ligne 35-38), renverse l’asymétrie établie des participants en termes du cadre participatif. ZER en effet ne pose plus une question, mais critique la réponse de RAM et se positionne ainsi comme un expert qui remet en cause l’expertise de RAM ; les catégories „orateur/public“ sont de moins en moins saillantes et donc pertinentes pour les participants.

Liebscher et Dailey-O’Cain (2007) ont montré comment la construction d’une identité basée sur une asymétrie pose la question du positionnement des participants les uns par rapports aux autres.

35 ZER but you ne- euh (.) you need to know that if you want to (.) to see

36 a[ny perspective (of re]spective)

37 RAM [yes i’m going to: ] ((RAM tape sur le clavier mais rien n’apparaît sur l’écran))

38 SIL (0.3)

39 RAM yes but (.) you [cannot write] down the: database/ april

40 ZER [xxx xxx ]

41 SIL (0.8)

42 RAM (there is) a few very vaccines of course I’m going to (.) to

43 know thIs (0.5) but euh:[:

44 ZER [how of/

Figure 5 : Le désalignement explicite des participants.

De manière intéressante, pendant le moment où une nouvelle attention mutuelle est établie (l.39-44) on observe plusieurs chevauchements indiquant ainsi un travail supplémentaire à celui de donner une simple réponse. En termes catégoriels ou d’identité, il est question ici d’une négociation de l’expertise, et plus précisément de la remise en cause de l’expertise, à travers une argumentation divergente („yes but“).

5.4 Emergence d’une expertise et ressources plurilingues

Plus loin, après que ZER a formulé plusieurs objections, RAM lui demande plus de précisions :

70 RAM what do you mean by this I’m I/ [it’s not clear for me]

71 ZER [yeah xxx xxx ] euh euh

72 it’s just a simple question if you (0.4) if you do all this (.) recording of

73 information on the subjects or on the patients (0.8) slash (.) hein/(0.5) heum(.)

74 and and you want to (0,3) make one day to an- analysis (0,8) euh with respect

75 to (.) prevention of certain (0,3) diseases/ h

76 SIL (0,3)

Figure 6 : ZER affirme son expertise.

Ici, nous observons une réactualisation du cadre participatif initial „orateur/poseur de question“ mais cette fois-ci le cadre est inversé ; en effet, l’orateur devient la personne qui pose des questions (70) et la participante du public, celle qui donne des réponses. À première vue, l’expertise de RAM est à nouveau remise en cause, alors que l’expertise de ZER s’affirme de plus en plus.

Mais il serait faux de considérer la question de RAM comme une sorte de déclaration d’ignorance. Premièrement, c’est RAM lui-même qui initie cette première paire et il serait étonnant de le voir renoncer à son expertise. Puis, cet énoncé arrive à la suite de plusieurs objections en chevauchement de la part de ZER, rendant l’alternance des tours de parole moins fluide. De plus, un problème technique de projection (transcription entre la ligne 47 et la ligne 70 non présentée ici) a stoppé complètement pendant quelques minutes l’échange. Dans ce sens, la question de RAM sert aussi à reprendre le débat, mais pas n’importe comment. En effet, la reprise se fait sur une hétéro-initiation d’une réparation (demande de reformulation) traitant l’échange d’avant comme quelque chose de confus, puisque réparable. RAM minimise la critique sous-jacente envers ZER en ramenant le problème de compréhension à un niveau personnel („it’s not clear for me“).

L’énoncé de ZER « it’s just a simple question » (72) a de toute évidence un statut ambigu dans l’interaction. En s’alignant par dislocation à gauche à la minimisation produite par RAM, l’énoncé de ZER minimise la portée de l’acte qu’elle réalise, tout en exhibant les problèmes possibles de RAM, aussi bien relatifs à ses compétences linguistiques qu’à sa capacité à répondre en tant qu’expert.

Au fil de ces extraits, on assiste donc à une modification du couple « expert » / « non experte », passant à un format plus symétrique, « expert / experte », voire se renversant en « non expert / experte ». Ainsi sont construites les identités sociales des participants. Concernant les ressources plurilingues, bien qu’il s’agisse d’une situation classique d’Anglais Lingua Franca sans code switching, plusieurs indices révèlent la réalité plurilingue, voire exolingue, sous-jacente. En effet, il y a des indices de problèmes d’écoute et de compréhension, ainsi que des tours de parole avec de longues pauses et des perturbations. Les éventuelles lacunes en langue n’empêchent toutefois pas le cours de l’interaction. Au contraire, les participants peuvent les ignorer (Firth, 2008) ou s’en servir comme des ressources pour faire autre chose, par exemple, critiquer le travail d’un collègue et de cette manière collaborer à la construction des identités professionnelles situées.

Par conséquent, on ne parlera pas d’identités plurilingues, mais de performances plurilingues contribuant à la construction des identités sociales en milieu professionnel. Pour aller un peu plus loin quant à la spécificité d’un contexte plurilingue dans la construction des identités, on dira qu’à l’instar de tout élément contextuel, ce dernier n’est pas pertinent à priori pour les participants. Cependant, ces derniers peuvent actualiser certaines obligations et certains droits liés à la réalité plurilingue, comme l’utilisation d’une lingua franca, la primauté de la compréhension mutuelle au détriment d’un langage correct d’un point de vue formel ou, comme dans notre exemple, l’utilisation implicite de cette réalité pour pallier aux remises en cause des expertises.

6. Discussion

Dans cet article, nous avons présenté les principes de l’analyse catégorielle en association avec l’analyse séquentielle comme base conceptuelle pour l’exploration des identités professionnelles en milieu international. C’est en effet au fil du déroulement séquentiel de l’interaction que les catégories se manifestent comme pertinentes ou non : ce sont les participants qui exhibent dans l’interaction leurs orientations mutuelles situées. Au fur et à mesure, et grâce à un travail interactif, les participants valident et/ou modifient ces orientations.

Dans ce sens, les identités sont configurées par et configurantes du contexte (Garfinkel, 1967). De plus, le contexte interactionnel implique différents niveaux de contexte, plus ou moins macro et plus ou moins micro, le tout « embedded within the flow of interaction » (Housley & Fitzerald, 2002 : 585). Ainsi, chaque rencontre professionnelle devient le lieu d’une possible redéfinition, voire d’une création d’identités professionnelles.

Par ailleurs, nos travaux montrent que l’aspect international au travail, caractérisé entre autres par le plurilinguisme, est très rarement traité en tant que tel. En effet, les „dynamiques collectives et individuelles ne dépendent pas uniquement des formes du plurilinguisme, mais de la manière dont elles sont agencées au sein de l’organisation séquentielle de l’interaction“ (Mondada et al. 2009 : p 146). Comme pour l’extrait de la figure 6, le plurilinguisme, voire la compétence en L2 des participants dans les réunions professionnelles, sont non seulement très souvent implicites, mais ils peuvent être utilisés, aussi bien comme une ressource par les participants pour affiner la compréhension mutuelle, que comme une ressource pour évaluer/critiquer les expertises professionnelles, au-delà des « réelles » compétences linguistiques des participants et de leur appartenance ethnique.

D’une manière générale, les résultats de nos travaux à ce stade, conduisent à penser que l’on pourrait envisager l’interculturalité au travail comme un dispositif de catégorisation virtuellement disponible, et donc, comme une ressource potentielle contribuant à l’émergence endogène, locale et située des identités professionnelles.

Conventions de transcription

[ chevauchements (.) micro-pause

(2.3) pauses chronométrées .h/ h aspiration/ expiration

< > délimitation des phénomènes entre (( )) durée d’un phénomène vocal

((rire)) phénomènes non transcrits : allongement vocalique

/ \ intonation montante/ descendante\ exTRA segment accentué

& continuation du tour de parole = enchaînement rapide

xxx segment incompréhensible ^ liaison

(il va) transcription incertaine °bon° murmuré

£ben£ segment produit avec une voix rieuse par- troncation

Notation des gestes (version LM 2.0.6)

Les gestes sont décrits en italique et en grisé à la ligne successive de la parole qui leur est simultanée. Le début et la fin des gestes décrits sont repérés par rapport au tour de parole grâce à des symboles spécifiques pour chaque participant:

* * indique le début/la fin d’un geste d’un locuteur, décrit à la ligne suivante ;

+ + indique le début/la fin d’un geste d’un autre locuteur, décrit à la ligne suivante ;

$ $ indique le début/la fin d’un geste d’un autre locuteur, décrit à la ligne suivante ;

% % indique le début/la fin d’un geste d’un autre locuteur, décrit à la ligne suivante ;

Si à la ligne suivante ce n’est pas le geste du locuteur mais celui d’un co-participant qui est décrit, alors son initiale figure au début de la ligne en minuscule. S’il s’agit du locuteur en train de parler, il n’y a pas d’initiale.

dia notation concernant la diapositive à l’écran

| démarcation du début/de la fin de l’apparition de la diapositive

…. amorce du geste

,,,, fin/retrait du geste

—-> continuation du geste aux lignes suivantes

—->> continuation du geste jusqu’à la fin de l’extrait

>>– geste ayant commencé avant le début de l’extrait

(( sourit)) simple mention du mouvement/ geste sans indication du début/ de la fin à la ligne précédente (parole).

Notes

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Annexes

1 ANI : O*ther questions/

alb *se tourne vers le public

2 SIL : (0.8)

3 ANI : +ma*y[be/

+s’approche du pupitre

alb *se tourne vers Ani

4 ALB : [ I/ (.) i just had +frEnch (.) colleagues to (.) he hh he hh

ani +sourit

5 .h Eh ask quEstions hh he .h

6 ANI : i would like…..

Figure 1: Catégories et collections de catégories

13 SIL *(0.3)*$ % (0.2)%

ras >> tend le micro vers LAV et puis passe le micro à ZER$

lav *s’approche de RAS pour récupérer le micro————->*

zer %attrape le micro et le rapproche de sa bouche%

14 ZER *Is: the the prOduct/ h (.) rEcorded/ the prOduct\

lav *se déplace et se met à côté de Zer——->

15 ZER i:s/ .h

16 SIL (0.3)

17 ? °(yes)°=

18 ZER = so\ it’s not/ jUst\ vAccination/ but Also the prOduct which is .h

19 (0.3) rEcOrded/*

lav ———–>*

20 SIL (0.7)

21 ZER *In/ the dAta base/ h*

lav *se tourne vers RAM *

22 RAM it Is:\ nOt\ °recorded° (0.3) it’s

23 vAccination\ i forgOt/ *tO: (.)* *to shOw you\ this\+* xxx xxx xxx

+ tape à l’ordinateur

lav *regarde et tend le bras droit vers le micro*

lav *regarde Ram, touche son visage*

24 SIL (2.7)*(0.2)*

lav *regarde Zer *

Figure 4 : La première question : un désaccord en émergence

35 ZER bUt/ you ne- euh/ (.) you need/ to knOw/ that if/ you\ want/ to (.) to see/

36 a[NY/ perspective/ (of re]spective)

37 RAM +[yes i’m going to: ]

+>> tape sur le clavier

38 COM ((RAM tape sur le clavier mais rien n’apparaît sur l’écran))

39 SIL (0.3)

40 RAM yes $bUt (.) +you [canNOT write] down\ the: database/ apr+Il\++

lou $s’approche de Ram—>

ram +mains vers la gauche (écran)————————>+

+sourire+

41 ZER [xxx xxx ]

42 SIL (0.8)

43 RAM +(there is) a few vEry vaccInes\ of cOUrse+ +i’m going to/ (.) to

+mains devant en ouverture—————>+

+tape sur le clavier–>

44 knOw\ thIs (0.5) bUT EUh:[:

45 ZER [hOw of/

Figure 5 : Le désalignement explicite des participants.

70 RAM w:hAt/ do you mean by thIs i’m\ I/ [it’s not clear for me]

71 ZER [yEah/ xxx xxx ] euh euh

72 it’s jUst/ a\ simple/ question/ if YOU (0.4) if you dO/ all this: (.) +recOrding\ Of

ram +acquiesce,mouvement

73 informAtion/ On/ the sUbjEcts/ Or\ on the pAtients (0.8) slash/ (.) hein/(0.5) hEUm:(.)

ram de la tête——————- mouvement plus marqué———————>

74 And/ and/ you wAnt to/ + +(0,3) mAke/ one dAy/ to an- anAlysis/ (0,8) EUh:/ with respect

ram —————————–>+ +enlève la main de la poche. Tape sur le clavier—->

75 tO/ (.) prEvention/ of\: cErtain/ (0,3) dIsEAses/ h

76 SIL (0,3)

Figure 6 : ZER affirme son expertise.

[1] Pour plus d’informations sur le projet européen DYLAN, consulter le site: www.dylan-project.org.

[2] L’équipe du laboratoire ICAR participe de manière active à plusieurs comités éthiques en linguistique concernant la gestion des données collectées et du consentement éclairé des participants. Pour plus d’informations voir Baude (2006).

[3] Le caractère holistique de la recherche en question fait référence à la complexité de l’action humaine. On pourrait y opposer une recherche, sans qu’elle soit pour autant de moindre importance, portée uniquement sur les gestes sans tenir compte du langage verbal ou des aspects multimodaux de l’interaction. Cette caractéristique de l’interaction implique de nombreuses collaborations et aspire à l’interdisciplinarité.

[4] Ici, il est question de la définition des catégories par opposition à quelque chose d’autre. Voir l’introduction de la partie 4.

[5] Une partie de la thèse que je suis en train de préparer sera consacrée à l’étude de ce type de catégories. Markaki Vassiliki “ Collaborer en plusieurs langues : L’organisation des interactions professionnelles plurilingues“ (en cours de rédaction).

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